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Le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement de la Corrèze accompagne les collectivités locales dans leurs projets d’urbanisme, d’aménagement et de développement. Des actions de sensibilisation sont régulièrement organisées pour inviter chacun à s’interroger sur de nouveaux enjeux, de nouvelles méthodes et présenter des opérations exemplaires.
C’est dans ce cadre qu’a été organisée le 18 mars 2013 une table ronde animée par Odile Marcel, philosophe, présidente de la Compagnie du paysage mais aussi de l’association française arbres champêtres et agroforesterie (AFAC agroforesterie).




14h30     Ouverture par
    Xavier Hochart, directeur du CAUE de la Corrèze

15h00     Didier Bertholy, chef de projet culture-agriculture à Tulle Agglo
    Etat des lieux et orientations sur un territoire rural en mutation

15h30     Juliane Court, chargée de mission architecture au Parc Naturel Régional Livradois-Forez
    Présentation de l’atelier d’urbanisme ou comment redynamiser des bourgs ruraux

16H15     Stéphane Hekimian de la Mission Haie-Auvergne
    Présentation des actions menées en faveur du bocage


imageOdile Marcel a évoqué la façon dont l’évolution de nos paysages est liée à l’histoire. Le développement d’une agriculture d’excellence depuis la fin du XVIIIème siècle a donné une qualité à nos paysages culturels encore aujourd’hui largement reconnus. La France reste la première destination touristique mondiale. Ce qui, au-delà de Paris et du Mont Saint-Michel tient à la qualité de ses paysages culturels et à son art de vivre. L’Europe occidentale possède un modèle envié de développement. Nos sociétés s’efforcent d’équilibrer les relations entre l’homme et la nature mais aussi entre les hommes eux même. Cependant, une évolution très rapide depuis la dernière guerre a opéré une mutation économique et technique qui a modernisé les systèmes de production en laissant de côté les territoires les moins favorables souvent condamnés à une déprise.
Le Livradois-Forez faisait partie de ces territoires restés en marge des profondes mutations. Il s’est emparé de ce constat pour lancer des projets de développement local en créant en 1986 un Parc naturel régional. Aujourd’hui, cette structure permet la conduite d’opérations pilotes comme celle de la redynamisation de bourgs ruraux.
En Auvergne, la Mission Haie oeuvre pour une reconquête des arbres «hors forêt» dont les multiples ressources structuraient la campagne : la modernisation agricole ne les a plus considérés comme des alliés de l’homme mais comme autant d’obstacles.
Ces deux territoires se sont engagés dans des expériences qui peuvent venir servir localement des problématiques corréziennes. Avant la présentation de leurs actions, le témoignage de Monsieur Bertholy a permis d’ancrer le débat localement.

Didier Bertholy, chef de projet culture-agriculture à Tulle Agglo, a dressé un bilan simageur l’évolution de l’agriculture sur ce territoire lui aussi en pleine mutation.
Réparti à part quasi égale entre l’agriculture et la forêt, quelques élus se sont questionnés sur l’évolution de l’agriculture locale. Les constats de la disparition d’un millier d’exploitations a eu un impact sur le paysage. Le bâti traditionnel est abandonné au profit de bâtiments modernes construits souvent à l’écart des villages. La production s’est orientée sur l’élevage bovin, ainsi deux tiers des surfaces sont passés en prairies permanentes. Cette production est largement soutenue par des aides européennes. La question se pose de l’évolution des exploitations à l’horizon 2030. Elles devraient aller vers l’agrandissement ou continuer à disparaitre pour certaines.

Trois scénarios ont été esquissés, ils pourraient se concevoir dans l’éventualité d’une politique agricole à terme moins favorable à l’agriculture française.
  • Le premier, qui s’appuie sur une étude de la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale), décrit un territoire en friche avec seulement des ilots de communautés (fortunés ou pas).
  • Le deuxième prévoit un investissement foncier venant de l’extérieur pour réaliser des plantations (feuillus ou résineux) ou créer des compensations carbone.
  • Le dernier scénario voit se maintenir une petite activité agricole hyper industrialisée (élevages de porcs, de volailles par exemples), le reste du territoire restant à la friche.
Les élus de ce territoire proposent un travail sur 10 ans en s’appuyant sur les documents d’urbanisme, sur le développement de filières courtes et locales mais aussi en valorisant le potentiel énergétique local en bois pour permettre de la diversification et des installations. Des systèmes solidaires peuvent aussi être mis en place. La stratégie et les méthodes pour mobiliser les acteurs restent primordiales. Une charte agricole territoriale pourrait être écrite pour fédérer les acteurs.

Un temps de débat a fait émerger des interrogations sur les difficultés rencontrées pour mettre en place des circuits courts mais aussi sur la transversalité et la mise en réseau d’acteurs absolument nécessaires.

Juliane Court, chargée de mission architecture au Parc naturel régional Livradois-Forez, un territoire très boisé (résineux) mais marqué aussi par une forte présence industrielle, est venue présenter une expérience intitulée «habiter imageautrement les centres-bourgs en Massif Central».
L’idée est de protéger les paysages du quotidien en les rendant vivants et attractifs. Ce projet part du constat que l’accueil et le maintien des habitants passent par un cadre de vie de qualité. Sur le territoire du parc, les centre-bourgs sont très denses avec un habitat très dégradé alors que les bourgs s’étendent en périphérie sous la forme de lotissements pavillonnaires banalisants qui ne correspondent pas à l’image attendue. Six collectivités ont été retenues suite à un appel à projet de la DATAR pour lancer des études avec des équipes pluridisciplinaires sur l’habitat mais aussi les espaces public, les commerces, les déplacements, en privilégiant de nouvelles méthodes de travail. La participation des habitants a été favorisée. Des aménagements ont été testés in situ puis des études plus globales ont été engagées sur le devenir de l’habitat. Un travail de fond sur le foncier, sur les acteurs à associer a permis d’esquisser des scénarios pour réorganiser l’offre de logement en centre-bourg en donnant plus de confort (espace, lumière...) pour s’adapter à la demande. Sur les six sites expérimentaux, au moins deux, ont fait émerger des projets concrets. Les centre-bourgs ruraux deviennent un enjeu national. Le parc souhaite poursuivre ce travail en accompagnant des projets publics-privés.

Le temps de débat a porté sur les freins et les difficultés rencontrés. Aujourd’hui que les projets émergent, les investisseurs ne se mobilisent plus en milieu rural notamment sur le bâti ancien.
La question du lien avec le paysage de ces opérations a aussi été soulevée.

imageStéphane Hekimian de la Mission Haie-Auvergne était chargé de nous présenter les actions menées sur son territoire en faveur du bocage et plus largement des arbres «hors forêt» (haies, bosquets, arbres isolés, alignements d’arbres).
Après un rappel sur les avantages de ces compositions (qualité du cadre de vie, érosion limitée, dépollution, ombrage, biodiversité) et les pressions qui s’y exercent (arrachages, non renouvellement), les utilisateurs et les gestionnaires de ces structures paysagères (agriculteurs principalement) ont été détaillées.
Il s’agissait ensuite de décrire le fonctionnement de la mission Haie Auvergne qui est financée par trois Conseils Généraux et le Conseil Régional. Les plantations ne sont pas aidées, l’association apporte une aide technique auprès des agriculteurs (300 par an pour 25 km de haie plantés). Des plans simples de gestion (état des lieux, aménagements et travaux à faire) sont élaborés en concertation avec les agriculteurs. Les plantations proposées sont purement fonctionnelles. Des outils (épareuse, pinces, déchiqueteuse, fendeuse à buche, broyeur) pour l’entretien et la récolte sont proposés notamment via les CUMA puis des solutions pour organiser le chantier et valoriser ces produits (plaquettes, BRF) sont mises en place localement (chaudières collectives de collèges). Des calculs ont été fait et démontrent la rentabilité de ces opérations. Un réseau d’acteurs avec des portages particuliers comme des sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) ou de groupement d’intérêt économique (GIE) permettent de mettre en place des cercles vertueux.
Le débat s’est engagé sur la difficulté à mettre en place ces montages en Corrèze notamment du fait des difficultés d’accès à la ressource (gorges, vallées encaissées), des besoins important dans les agglomérations, de la concurrence des sciures et de celle des bois importés (Europe du nord, Canada, Gabon). Nous avons abordé alors la question des ressources extérieures de biomasse pour les co-générateurs. Ces systèmes ne sont pas considérés comme des systèmes directe utilisant de l'énergie locale favorable au maintien et à l'attractivité d'un territoire. Il faut donc corréler la production locale à la demande susceptible d’émerger. Les personnes intéressées peuvent se rapprocher du Cantal où une mise en réseau d’acteurs donne de bons résultats. L’intervenant invite aussi le Conseil Général de la Corrèze, qui s’intéresse à ces questions et a déjà réalisé un plan d’approvisionnement territorial, à se rapprocher du Conseil Général de l’Allier pour voir comment la gestion des arbres de bords de route à été mise en place au service de la production de bois énergie.
Des témoignages sur l’intérêt de cette table ronde avec d’autres échanges d’expériences ont aussi été apportés (Dordogne, Aquitaine, Midi-Pyrénées).

imageA la demande du directeur du CAUE de la Corrèze, Juliane Court est revenue sur les actions du Parc Livradois-Forez en disant quelques mots sur l’Atelier d’urbanisme mis en place pour venir conforter l’ingénierie de proximité en matière d’aménagement. L’Atelier d’urbanisme est un collectif de partenaires (CAUE, DDT, Agence locale de l’énergie et du climat, communauté de communes et Parc) associés pour apporter de la méthode de projet préalable à la réalisation d’un document d’urbanisme, un bâtiment public.... Ainsi, autour des projets des collectivités, tous les acteurs concernés sont mis autour de la table pour échanger sur le projet en amont et s’assurer ainsi de sa pertinence, faisant parfois évoluer la problématique de départ mais en s’engageant dans la durée aux côtés du maître d’ouvrage pour s’assurer de la qualité de la réalisation.

La clôture de cet après-midi revient à Odile Marcel qui remercie les intervenants et la salle pour la richesse de leurs interventions et la qualité des débats.


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